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E.

Elle est le fruit de la science et du désir d’une mère trop vieille pour enfanter naturellement. Elle n’existe que parce que la médecine a dit “moi je peux le faire”.

Fille sans père, fille à la mère trop abîmée pour supporter que sa toute petite devienne une femme.

Elle aurait voulu un garçon de toute façon. Parce que ça aimera toujours sa mère, un garçon, même quand ça n’a plus vraiment besoin d’elle. Parce qu’elle même a toujours détesté être une fille et une femme. C’est viscéral, comme l’était son besoin d’enfanter sans concevoir. Heureusement, la science ne peut pas dire oui à tous les désirs, le manque d’éthique aussi à ses limites.

Elle a un look de poupée de porcelaine, dont on aurait rafistolé le sourire. Des anglaises blondes et une jupe à volants roses. Le regard un peu fixe de ceux qui ont trouvé un moyen d’étouffer le feu de leurs émotions pour ne pas s’y consumer.

Elle atterri dans mon bureau après avoir sidéré au passage tous les adultes sur son chemin avec son histoire bancale où rien ne s’emboîte correctement. Elle arrive là parce qu’elle est malade de l’absence de limites de sa mère (elle confond tout, sa mère: elle, les autres, les enfants et les adultes…). Parce que aller mal, c’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour attirer l’attention. Pour que, sous prétexte de prendre soin d’elle, ils se préoccupent de celle qui en a vraiment besoin, celle qui refuse de l’admettre. Elle est malade de la maladie de sa mère et elle lutte pour ne pas épouser ses souffrances, jusqu’à ce que la mort les sépare.

Elle en a rencontré des professionnels, de toutes sortes et de tous horizons. Et comme son refuge est sur TikTok, elle en a appris des listes de symptômes par coeur, qu’elle répète inlassablement à ses interlocuteurs dans un discours de robot désincarné. Si le rôle est bien joué, elle décrochera son étiquette et n’aura plus besoin de légitimer sa place à nouveau.

Quand on trouve qu’elle va mieux, elle se refait du mal. Qui l’aidera à se séparer de sa mère si elle est seule avec elle? Cela pourrait passer pour une tentative de tromperie si vous ne voyez pas qu’elles sont siamoises. Impossibles à séparer totalement, elles s’appartiennent l’une à l’autre. Au moins jusqu’à ce que la médecine qui les a créés parvienne peut être à les séparer suffisamment pour qu’elle puisse enfin construire sa vie.

Si elles arrivent un jour à le supporter.

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