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H.

Elle a une façon bien à elle d’éviter la rencontre : en percutant.

Sans transitions, une nonchalance adolescente poussée à son paroxysme.

La fuite ça l’a toujours sauvée, et elle n’a personne pour l’encourager à faire autrement. Livrée à elle même.

Elle ne sait pas attraper la main tendue car elle n’en a jamais vues auparavant.

Alors elle est souvent absente. Comme l’affirmation silencieuse de ce qu’elle ne peut pas venir exprimer.

Quand elle est là elle s’expose, mais interdit d’essayer de la lire. Elle donne tout à voir mais ne peut rien en dire. Peut être que la meilleure façon de se cacher c’est d’être vue.

Protégée par une carapace d’agressivité qu’elle n’arrive même plus à identifier comme telle, elle ne voit pas ce qu’elle renvoie à l’autre.

Seule compte la défense si la fuite n’est pas possible. L’attaque, c’est une question de survie. C’est le chemin qui l’a menée jusque là.

Animal sauvage, impossible à apprivoiser sans consentement.

Aux adultes elle ne le donne pas facilement. Elle se méfie de toutes les tentatives d’approche. Prend la bienveillance pour une ruse. Pour elle ça a toujours été le début de la manipulation.

Aux autres jeunes elle l’accorde pourtant presque sans concession, ce qui rajoute parfois des embûches sur un chemin déjà bien cabossé.

Ça l’empêche d’avancer et de construire, l’embourbe dans une vie dont elle a marre de se contenter, de laquelle elle ne sait plus comment se dégager.

Elle a encore trop peur de fragiliser la forteresse qui la tient jusqu’à maintenant. Peur qu’elle s’écroule, sans la conviction que quelqu’un restera près d’elle pour réarranger les morceaux.

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